Ce que 2026 fait aux trois distributions
Sur les trois villes et les trois indicateurs de température, l'été 2026 est une valeur aberrante au sens statistique du terme : il tombe au-delà de la moustache, à plus de 1,5 écart interquartile du corps de la distribution. Ce n'est pas un record de peu — c'est un décrochage.
| Indicateur | Médiane | Record antérieur | 2026 |
|---|---|---|---|
| Brest — température moyenne de l'été | 16,0 °C | 18,1 °C (2022) | 19,4 °C |
| Brest — jours à plus de 30 °C | 0 | 7 (2022) | 16 |
| Brest — nuits tropicales | 0 | 2 (1990) | 1 |
| Nantes — température moyenne de l'été | 18,7 °C | 21,8 °C (2022) | 23,5 °C |
| Nantes — jours à plus de 30 °C | 7,5 | 31 (2022) | 43 |
| Nantes — nuits tropicales | 1 | 8 (2003) | 17 |
| Rennes — température moyenne de l'été | 18,1 °C | 21,1 °C (2003) | 22,2 °C |
| Rennes — jours à plus de 30 °C | 5 | 23 (1995) | 39 |
| Rennes — nuits tropicales | 0 | 4 (1983 et 2003) | 7 |
Une seule case échappe à la règle : les nuits tropicales à Brest, où 2026 (1 nuit) reste sous le record de 1990 (2 nuits). Le climat océanique tient encore la nuit — mais plus le jour : 16 jours à plus de 30 °C à Brest, contre une médiane de 0 et un record antérieur de 7. C'est, des trois villes, le décrochage relatif le plus violent.
Brest
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Le panneau des jours à plus de 30 °C est le plus parlant : la boîte est écrasée sur zéro — la moitié des étés brestois depuis 1945 n'ont connu aucun jour à 30 °C. 2026 en a compté 16. La médiane de température estivale, elle, est de 16,0 °C : l'été 2026 à Brest a été plus chaud que la médiane d'un été nantais des années 1950.
Nantes
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43 jours à plus de 30 °C, soit près d'un jour d'été sur deux, quand la médiane est de 7,5. Et 17 nuits tropicales à la station de Bouguenais — plus du double du record de 2003. La station est périurbaine : le centre-ville, plus chaud la nuit, en a compté davantage.
Rennes
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39 jours à plus de 30 °C contre une médiane de 5, et 7 nuits tropicales contre 4 au précédent record. Ces trois panneaux sont ceux dont la lecture publique est la plus établie : ils reprennent la figure du climatologue rennais Vincent Dubreuil, dont ce travail est issu — la comparaison est détaillée dans la méthode.
Et le sol ?
Le second rang de chaque figure porte l'indice d'humidité des sols de la réanalyse SIM2, mois par mois. Il est tentant d'y lire l'image en miroir de la température — la chaleur sort par le haut, le sol par le bas. Les données ne disent pas tout à fait cela.
| Ville | Juin 2026 | Juillet 2026 | Août 2026 |
|---|---|---|---|
| Brest | 0,46 — rang 18 | 0,21 — rang 2 | 0,12 — rang 3 |
| Nantes | 0,29 — rang 4 | 0,12 — rang 1 | 0,08 — rang 1 |
| Rennes | 0,31 — rang 16 | 0,14 — rang 5 | 0,08 — rang 2 |
Le sol de 2026 est au plancher, mais pas hors distribution. Aucune des neuf valeurs ne franchit la moustache basse, alors que les neuf valeurs de température franchissent la moustache haute. Autrement dit : l'été 2026 a été thermiquement inédit, et pédologiquement extrême sans être inédit.
1976 reste la référence. C'est l'été le plus sec des 69 ans à Brest et à Rennes, sur les trois mois. 2026 ne le dépasse qu'à Nantes, où juillet et août 2026 sont les mois les plus secs jamais simulés depuis 1958. La sécheresse de 1976, elle, s'était produite sans la chaleur de 2026 : c'est la conjonction des deux qui est nouvelle.
Cette lecture rejoint, par une méthode entièrement différente, ce que montre le suivi satellite des îlots de chaleur des trois campus : à Nantes et à Rennes, l'écart de fraîcheur entre le bâti et la végétation s'érode au fil de la saison sous l'effet de la sécheresse accumulée, alors qu'il ne bouge pas à Brest. Les deux approches — température de l'air au sol, température de surface vue du satellite — pointent la même chose : le service rendu par la végétation dépend de l'eau qui reste dans le sol.
Méthode, sources et limites
Inspiration
Cette page part d'une publication de Vincent Dubreuil, climatologue à l'université Rennes 2 (laboratoire LETG), parue sur LinkedIn le 31 août 2026 : « L'été 2026 à Rennes en trois boîtes à moustaches ». Il y présente, pour Rennes, la température moyenne de l'été, le nombre de jours à plus de 30 °C et le nombre de nuits tropicales, et montre que 2026 sort de la distribution sur les trois. Le travail présenté ici reprend cette grammaire graphique, l'étend aux trois villes des campus d'IMT Atlantique, et y ajoute un indicateur d'humidité des sols. Les figures, les données et les calculs sont refaits indépendamment : elles ne reproduisent pas les siennes et n'engagent que leur auteur.
Une différence de fond mérite d'être signalée. Pour ses nuits tropicales, Vincent Dubreuil utilise le réseau urbain rennais RUN, en place depuis 2003-2004, qui mesure le centre-ville. Les figures ci-dessus utilisent les stations synoptiques de Météo-France, généralement situées en périphérie, près des aéroports. L'îlot de chaleur urbain fait que le centre-ville compte nettement plus de nuits tropicales que la station : les deux séries ne sont pas interchangeables, et les valeurs de cette page sous-estiment ce que vit un habitant du centre.
Données
- Températures — Météo-France, Données climatologiques de base, quotidiennes, publiées sur data.gouv.fr. Stations Brest-Guipavas (29075001), Nantes-Bouguenais (44020001) et Rennes-Saint-Jacques (35281001), 1945-2026.
- Humidité des sols — Météo-France, Données changement climatique, SIM quotidienne : indice SWI de la réanalyse SIM2 (SAFRAN-ISBA-MODCOU), sur la maille SAFRAN de 8 km la plus proche de chaque station (Brest 1000/24090 à 4,7 km ; Nantes 3000/22490 à 2,7 km ; Rennes 3000/23450 à 5,1 km), 1958-2026. Dernière donnée disponible : 30 août 2026.
Le SWI est une sortie de modèle, pas une mesure : c'est une simulation de l'état hydrique du sol, calée sur des observations météorologiques mais non observée directement.
Conventions de calcul
- L'été est l'été météorologique : juin, juillet et août, soit 92 jours.
- Une valeur par année et par indicateur — jamais la distribution des valeurs quotidiennes. Chaque point gris est un été, pas un jour.
- Nuit tropicale : température minimale ≥ 20 °C. Jour chaud : température maximale > 30 °C.
- Boîte = quartiles Q1 et Q3 ; trait = médiane ; moustaches = valeurs extrêmes situées à moins de 1,5 écart interquartile des quartiles ; cercles = valeurs aberrantes au-delà.
- La période de référence est toute la série disponible, pas une normale de trente ans, et l'année 2026 fait partie de sa propre distribution — comme dans la figure d'origine.
- Une année dont plus de 10 % des jours manquent est écartée : sans ce garde-fou, un été à moitié absent afficherait zéro jour à 30 °C, soit un faux record de fraîcheur.
Trois limites à garder en tête
- La médiane dépend du point de départ. Sur 1950-2026, la médiane rennaise des jours à plus de 30 °C vaut 7 ; sur 1945-2026, elle vaut 5. C'est pourquoi la période est écrite sur chaque figure.
- Quand la médiane vaut zéro, la boîte dégénère. Pour les nuits tropicales à Brest et les jours chauds brestois, l'écart interquartile est nul ou presque : la règle des 1,5 écarts qualifie alors d'« aberrante » toute année non nulle. Le classement reste juste, mais le mot « outlier » y perd de sa force.
- Une année ne peut pas passer sous sa propre moustache. La moustache basse est, par construction, la plus petite valeur non aberrante de la série. Là où 2026 est l'été le plus sec — Nantes, juillet et août — il définit lui-même la moustache et ne peut donc pas la franchir. C'est la raison pour laquelle le rang est donné en clair dans le tableau, plutôt que de s'en remettre à la seule position dans la boîte.
Reproductibilité
Les figures sont produites par un script qui prend une commune en entrée, résout la station et la maille SAFRAN, télécharge les fichiers Météo-France et rend une page PDF. Les URL des fichiers ne sont jamais codées en dur : elles sont résolues à chaque exécution via l'API de data.gouv.fr, dont les bornes d'années se décalent chaque année.
Les données sources sont sous licence ouverte Etalab (Météo-France / data.gouv.fr). Les figures, textes et analyses de cette page sont l'œuvre de leur auteur.
© 2026 Frédéric Pallu — CC BY-NC 4.0