L'été 2026 en boîtes à moustaches

Brest, Nantes, Rennes · les villes des campus d'IMT Atlantique · 82 étés de mesures

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L'auteur a quitté ses fonctions à IMT Atlantique le 12 octobre 2026. Les pages de cette rubrique documentent son action de 2020 à cette date ; les actions postérieures relèvent de l'établissement et leur suivi n'y est plus assuré.

Une boîte à moustaches ne montre pas une tendance. Elle situe une année dans la distribution de toutes les autres : à l'intérieur de l'intervalle interquartile, entre la boîte et les moustaches, ou au-delà des moustaches. C'est une lecture descriptive — pas un test, pas une probabilité, pas une période de retour.

Quatre indicateurs de l'été météorologique — juin, juillet et août — sur les trois villes qui accueillent les campus d'IMT Atlantique, l'humidité des sols étant suivie jusqu'en septembre. Les trois premiers viennent des stations Météo-France, sur 82 étés (1945-2026). Le quatrième, l'humidité des sols, vient de la réanalyse SIM2 sur 69 étés (1958-2026).

Méthode, sources et limites

Stations Météo-France de Brest-Guipavas, Nantes-Bouguenais et Rennes-Saint-Jacques (1945-2026) ; indice d'humidité des sols SWI de la réanalyse SIM2 sur la maille SAFRAN de 8 km la plus proche (1958-2026). Une valeur par été et par indicateur, boîte à 1,5 écart interquartile.

Cette page s'inspire d'une publication LinkedIn de Vincent Dubreuil (Rennes 2 / LETG) du 31 août 2026 sur l'été 2026 à Rennes. Les données, les calculs et les figures sont refaits indépendamment.

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Ce que 2026 fait aux trois distributions

Sur les trois villes et les trois indicateurs de température, l'été 2026 se place au-delà de la moustache haute — la borne conventionnelle de Tukey, à 1,5 écart interquartile au-dessus du troisième quartile. C'est une valeur atypique, et non une valeur douteuse : la mesure est bonne, c'est l'été qui sort du lot. Et ce n'est pas un record de peu.

Médiane sur 82 étés, record antérieur à 2026, puis valeur de 2026. Stations Brest-Guipavas, Nantes-Bouguenais et Rennes-Saint-Jacques.
IndicateurMédianeRecord antérieur2026
Brest — température moyenne de l'été16,0 °C18,1 °C (2022)19,4 °C
Brest — jours à plus de 30 °C07 (2022)16
Brest — nuits tropicales02 (1990)1
Nantes — température moyenne de l'été18,7 °C21,8 °C (2022)23,4 °C
Nantes — jours à plus de 30 °C7,531 (2022)43
Nantes — nuits tropicales18 (2003)17
Rennes — température moyenne de l'été18,1 °C21,1 °C (2003)22,2 °C
Rennes — jours à plus de 30 °C523 (1995)39
Rennes — nuits tropicales04 (1983 et 2003)7

Une case demande une réserve : les nuits tropicales à Brest. 2026 y dépasse bien la moustache haute, mais la boîte y est dégénérée — médiane, Q1 et Q3 valent tous zéro, l'écart interquartile est nul, et la règle de Tukey qualifie alors d'atypique toute année non nulle. De plus, 1 nuit ne bat pas le record de 1990, qui en compte 2. C'est la seule des neuf cases où la lecture statistique n'apprend rien.

Le jour, en revanche, ne souffre aucune ambiguïté à Brest : 16 jours à plus de 30 °C contre une médiane de 0 et un record antérieur de 7. Le climat océanique tient encore la nuit, plus le jour — c'est, des trois villes, le décrochage relatif le plus violent.

Brest

Sept boîtes à moustaches pour Brest : température moyenne de l'été, jours à plus de 30 °C, nuits tropicales, et indice d'humidité des sols de juin à septembre. L'été 2026 est marqué en rouge, hors des moustaches sur les trois indicateurs de température.

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Le panneau des jours à plus de 30 °C est le plus parlant : la boîte est écrasée sur zéro — la moitié des étés brestois depuis 1945 n'ont connu aucun jour à 30 °C. 2026 en a compté 16. La médiane de température estivale, elle, est de 16,0 °C : l'été 2026 à Brest a été plus chaud que la médiane d'un été nantais des années 1950.

Nantes

Sept boîtes à moustaches pour Nantes : température moyenne de l'été, jours à plus de 30 °C, nuits tropicales, et indice d'humidité des sols de juin à septembre. L'été 2026 est marqué en rouge, hors des moustaches sur les trois indicateurs de température.

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43 jours à plus de 30 °C, soit près d'un jour d'été sur deux, quand la médiane est de 7,5. Et 17 nuits tropicales à la station de Bouguenais — plus du double du record de 2003. La station est périurbaine : le centre-ville, plus chaud la nuit, en a compté davantage.

Rennes

Sept boîtes à moustaches pour Rennes : température moyenne de l'été, jours à plus de 30 °C, nuits tropicales, et indice d'humidité des sols de juin à septembre. L'été 2026 est marqué en rouge, hors des moustaches sur les trois indicateurs de température.

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39 jours à plus de 30 °C contre une médiane de 5, et 7 nuits tropicales contre 4 au précédent record. Ces trois panneaux sont ceux dont la lecture publique est la plus établie : ils reprennent la figure du climatologue rennais Vincent Dubreuil, dont ce travail est issu — la comparaison est détaillée dans la méthode.

Et le sol ?

Le second rang de chaque figure porte l'indice d'humidité des sols de la réanalyse SIM2, mois par mois. Il est tentant d'y lire l'image en miroir de la température — la chaleur sort par le haut, le sol par le bas. Les données ne disent pas tout à fait cela.

Ce que mesure l'indice SWI. Le Soil Wetness Index rapporte l'eau contenue dans le sol, sur environ deux mètres de profondeur, à la réserve utile — la part que les racines peuvent effectivement extraire. Il est sans dimension, ce qui le rend comparable entre des sols de textures différentes.

SWI = 0 : le sol est très sec, les végétaux ne peuvent plus en tirer d'eau (point de flétrissement). SWI = 1 : la réserve utile est pleine (capacité au champ). Formellement, SWI = (w − wflétrissement) / (wcapacité au champ − wflétrissement), où w est la teneur en eau du sol.

Deux conséquences pour la lecture du tableau ci-dessous. La relation entre le SWI et la transpiration des plantes n'est pas linéaire : c'est au voisinage de zéro, là où l'eau devient difficile à extraire, qu'une même variation d'indice pèse le plus sur le rafraîchissement. Et surtout, le rang et la valeur ne disent pas la même chose : le rang situe l'année dans l'histoire locale, la valeur dit combien d'eau reste réellement dans le sol. En juillet 2026, Brest est au rang 2 avec 0,21 et Nantes au rang 1 avec 0,12 — Brest est plus loin de ses habitudes, Nantes a beaucoup moins d'eau.

Le SWI employé ici est celui de la réanalyse SIM2 quotidienne, moyenné par mois. Météo-France publie par ailleurs un « SWI uniforme » destiné au dispositif CatNat, lissé sur trois mois glissants : les deux ne sont pas comparables terme à terme. Définition d'après la documentation Météo-France de l'indicateur SWI.

Indice SWI moyen du mois, et rang de 2026 parmi les 69 étés de la réanalyse (rang 1 = le plus sec). Sans dimension.
VilleJuin 2026Juillet 2026Août 2026Septembre 2026*
Brest0,46 — rang 180,21 — rang 20,12 — rang 30,16 — rang 5
Nantes0,29 — rang 40,12 — rang 10,08 — rang 10,10 — rang 2
Rennes0,31 — rang 160,14 — rang 50,08 — rang 20,12 — rang 8

* Septembre 2026 complet, 30 jours sur 30 (données SIM2 publiées jusqu'au 01/10/2026). Rangs sur 68 années en juin et juillet (la réanalyse commence en août 1958), 69 en août et septembre.

Le sol de 2026 est au plancher, mais dans la distribution. Aucune des douze valeurs mensuelles, de juin à septembre, ne descend sous la moustache basse, alors que les neuf valeurs de température dépassent la moustache haute. Autrement dit : sur huit des neuf indicateurs thermiques, 2026 établit en outre un nouveau record — la neuvième exception étant les nuits tropicales à Brest ; côté sol, l'été est extrême sans sortir de la distribution au sens de Tukey.

1976 reste la référence. C'est l'été le plus sec des 69 ans à Brest et à Rennes, sur les trois mois d'été. 2026 ne le dépasse qu'à Nantes, où juillet et août 2026 sont les mois les plus secs jamais simulés depuis 1958. La sécheresse de 1976, elle, s'était produite sans la chaleur de 2026 : c'est la conjonction des deux qui est nouvelle.

Septembre : pas de recharge. Le second rang des figures se prolonge désormais jusqu'en septembre. Sur le mois complet, le sol n'a pas repris d'eau : septembre 2026 reste au niveau d'août à Nantes (0,10, deuxième septembre le plus sec depuis 1958, à un cheveu de 1990 : 0,103 contre 0,102), au cinquième rang à Brest (0,16) et au huitième à Rennes (0,12). Les références de sécheresse de septembre ne sont d'ailleurs pas 1976 — dont la sécheresse était rompue dès septembre — mais 1989 et 1990. Une réserve de lecture : septembre n'est pas, en temps normal, un mois de recharge — sur la série, l'écart médian entre août et septembre est presque nul et le sol ne se recharge qu'une année sur deux ; la recharge est un phénomène d'automne. Ce qui distingue 2026 n'est donc pas l'absence de recharge en elle-même, mais le niveau très bas auquel le sol entre dans l'automne.

Cette lecture rejoint, par une méthode entièrement différente, ce que montre le suivi satellite des îlots de chaleur des trois campus : à Nantes et à Rennes, l'écart de fraîcheur entre le bâti et la végétation s'érode au fil de la saison sous l'effet de la sécheresse accumulée, alors qu'il ne bouge pas à Brest. Les deux approches — température de l'air au sol, température de surface vue du satellite — pointent la même chose : le service rendu par la végétation dépend de l'eau qui reste dans le sol.

Et le soleil ?

La chaleur et la sécheresse ont une cause commune, visible dans une troisième série : un ciel qui ne s'est pas couvert. Les figures ci-dessous portent cinq indicateurs d'ensoleillement, mesurés aux mêmes stations que les températures — durée d'insolation cumulée, jours à plus de 12 h et à moins de 2 h de soleil, fraction d'insolation, et rayonnement global reçu au sol.

Ces figures ne portent que sur trente étés, et c'est délibéré. La durée d'insolation est mesurée depuis 1950, mais elle n'est pas comparable d'un bout à l'autre de la série. À Brest-Guipavas, les étés antérieurs à 1997 affichent en moyenne 101 heures de soleil de plus que les suivants — un écart de niveau supérieur à celui qui sépare 2026 du précédent record. C'est la signature du remplacement progressif des héliographes Campbell-Stokes, qui brûlent une carte et sur-lisent, par des capteurs automatiques. Agréger les deux époques fabriquerait de faux records : sur la série brute, quatre étés d'avant 1980 dépassent 2026 à Brest. La fenêtre est donc arrêtée à 1997, et elle est commune aux trois villes pour qu'elles restent comparables entre elles.

Un indicateur échappe à cette réserve : le rayonnement global, mesuré au pyranomètre, un instrument sans rapport avec l'héliographe. Il classe l'été 2026 au premier rang dans les trois villes. Le caractère exceptionnel de la saison ne dépend donc d'aucun choix de fenêtre.

Médiane sur les trente étés 1997-2026, puis valeur de 2026 et son rang. « Atypique » au sens de la règle de Tukey, au-delà de la moustache haute.
IndicateurBrestNantesRennes
Insolation cumulée de l'été778 h · méd. 531 · 1er/30 · atypique966 h · méd. 707 · 1er/30 · atypique887 h · méd. 657 · 1er/30 · atypique
Jours à plus de 12 h de soleil32 · méd. 11 · 1er/30 · atypique41 · méd. 21 · 1er/3034 · méd. 16,5 · 2e/30 · atypique
Jours à moins de 2 h de soleil9 · méd. 26,5 · 30e/301 · méd. 13,5 · 30e/304 · méd. 14 · 30e/30
Fraction d'insolation55,9 % · méd. 37,8 · 1er/30 · atypique69,7 % · méd. 51,2 · 1er/30 · atypique63,6 % · méd. 47,2 · 1er/30 · atypique
Rayonnement global cumulé196 kJ/cm² · méd. 165 · 1er/30 · atypique219 kJ/cm² · méd. 188 · 1er/30 · atypique203 kJ/cm² · méd. 181 · 1er/30

L'indicateur le plus parlant est peut-être le plus discret. Ce n'est pas le nombre de journées radieuses, c'est l'absence de journées grises : les trois villes signent leur minimum de trente ans sur les jours à moins de 2 h de soleil, et Nantes n'en a connu qu'un seul de tout l'été, contre une médiane de 13,5. Un été chaud, c'est d'abord un été où les perturbations ne sont pas passées.

Cinq boîtes à moustaches d'ensoleillement pour Brest sur 1997-2026 : insolation cumulée de l'été, jours à plus de 12 h de soleil, jours à moins de 2 h, fraction d'insolation et rayonnement global. L'été 2026 est marqué en rouge, au-delà de la moustache haute sur quatre des cinq indicateurs.

Brest — télécharger la figure (PDF, 1 page)

Cinq boîtes à moustaches d'ensoleillement pour Nantes sur 1997-2026 : insolation cumulée de l'été, jours à plus de 12 h de soleil, jours à moins de 2 h, fraction d'insolation et rayonnement global. L'été 2026 est marqué en rouge, au premier rang des trente étés sur les cinq indicateurs.

Nantes — télécharger la figure (PDF, 1 page)

Cinq boîtes à moustaches d'ensoleillement pour Rennes sur 1997-2026 : insolation cumulée de l'été, jours à plus de 12 h de soleil, jours à moins de 2 h, fraction d'insolation et rayonnement global. L'été 2026 est marqué en rouge, au premier rang des trente étés sur quatre indicateurs.

Rennes — télécharger la figure (PDF, 1 page)

Un mot sur le quatrième panneau, dont le nom prête à confusion. La fraction d'insolation n'est pas une mesure de plus : c'est la durée de soleil rapportée à la longueur du jour — la part de la journée pendant laquelle le soleil a effectivement brillé. À Brest début juin, un jour dure près de 15 h 45 ; 6 h 30 de soleil donnent donc une fraction de 41 %. Son intérêt est de neutraliser le fait qu'une journée de juin est plus longue qu'une journée d'août.

Mais elle est calculée à partir du même relevé, par le même instrument. Quand elle place l'été 2026 au premier rang, elle ne le confirme donc pas : elle le répète. C'est pourquoi, des cinq panneaux, un seul apporte une mesure réellement indépendante — le rayonnement global, mesuré au pyranomètre. Les trois premiers panneaux et le quatrième sont quatre façons de lire le même relevé d'héliographe.

Et l'ultraviolet ? La question vient naturellement quand on parle de soleil, mais aucune série ne permet d'y répondre ici : Météo-France ne renseigne son champ d'indice UV qu'à Carpentras, et seulement de 2010 à 2019. À la latitude de la façade atlantique, la variabilité d'une année sur l'autre est de toute façon commandée par la nébulosité — c'est-à-dire par ce que mesurent précisément les panneaux ci-dessus.

Ces chiffres rejoignent le bilan national : Météo-France a fait de l'été 2026 le plus ensoleillé jamais enregistré en France, avec un excédent de plus de 20 % en moyenne sur le pays, et cite nommément Brest et ses 778 heures. Notre série et la sienne concordent sur la valeur ; elles ne peuvent concorder sur le rang qu'à condition de comparer ce qui est comparable.