⚖️ plaidoyer

Cette page s'appuie sur les inventaires officiels (étude d'impact Symbiose/Calidris 2014, suivis Urban éco 2020-2022, avis MRAE 2014) et sur les observations naturalistes 2025-2026 issues du projet iNaturalist « ZAC du Champ de Manœuvre ».

La présente page présente les continuités écologiques sur la façade ouest du site, en connexion avec la TVB (Trame verte et bleue) de la Vallée de l'Erdre.

Moratoire B4a obtenu (jan. 2026) Report officiel à septembre 2026 Continuité ouest sous menace permanente
Espèces amphibiens protégées
3
Salamandre tachetée, Triton palmé, Grenouille agile — toutes PN art. 2/3, Rana en DH IV
Observations 2025-2026
72
Pontes, larves, juvéniles, adultes et mortalités documentés par photographie sur iNaturalist (research-grade, 2025-01-12 → 2026-03-30) — non exhaustif
Trous d'émergence saproxyliques
7
Observés en décembre 2025 — compatibles Grand Capricorne (DH II+IV) et probablement Pique-prune (prioritaire DH II)
Largeur du corridor ouest
~150 m
Goulet d'étranglement résiduel entre l'îlot B4a et la route de Carquefou — au-delà : vallée de l'Erdre à 2 km
1

L'unique corridor ouest vers la vallée de l'Erdre

L'étude faune-flore réalisée pour la ZAC en 2014 par les bureaux d'études Symbiose Environnement et Calidris (annexe 8 de l'étude d'impact) identifie une zone de transit écologique unique vers la vallée de l'Erdre :

« Une zone de transit ressort fortement grâce aux inventaires ultrasonores et à l'analyse du paysage. Les déplacements des individus s'effectuent vers les bords de l'Erdre (situés à moins de deux kilomètres du site de Bêle) qui présentent une mosaïque d'habitats attractifs pour les chiroptères. La disparition des corridors écologiques est particulièrement dommageable pour le Murin à moustaches qui utilise des éléments du paysage, notamment les structures boisées, pour se repérer lors de ses déplacements. » — Symbiose Environnement / Calidris, Étude faune-flore du Bêle Champ de Manœuvre, 01/09/2014, p. 61 (annexe 8 de l'étude d'impact)
« Le seul lien possible entre la zone d'étude et d'autres milieux naturels concerne un étroit couloir de verdure partant à l'ouest du site pour rejoindre la vallée de l'Erdre. » — Idem, p. 74 (incidences sur les sites Natura 2000)

Le bureau d'études évalue l'impact « Effet barrière sur les corridors écologiques » au niveau Fort, avec mention explicite : « Rupture du continuum écologique avec l'Erdre. La rupture d'éléments linéaires arborés est très préjudiciable pour les juvéniles » (table p. 62).

Côté autorité environnementale, la MRAE Pays de la Loire écrivait en 2014 : « à une échelle plus macro le rôle fonctionnel que joue ce vaste espace boisé pour les chiroptères », validant officiellement la fonction écologique du site à l'échelle paysagère.

La continuité ouest est confirmée par les observations 2025-2026 : la Salamandra salamandra, espèce sténoèque inféodée aux vieux boisements à ruisselets, est observée jusqu'à la lisière ouest (route de Carquefou). Sa dispersion limitée (50-300 m, forte fidélité au site) en fait l'indicatrice par excellence de la fonctionnalité du corridor.

Les continuités nord, est et sud sont aujourd'hui artificialisées (lotissements, ICAM, centre pénitentiaire, zones d'activités). La façade ouest est l'unique lien fonctionnel restant.

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Les espèces sentinelles documentées sur le site

Sept guildes d'espèces protégées sont documentées sur le Champ de Manœuvre — par l'étude d'impact 2014, les suivis annuels d'Urban éco (2020, 2021, 2022) et les observations naturalistes 2025-2026.

Espèce focaleStatut juridiqueRôle écologique & dispersion (littérature)
Salamandre tachetée
Salamandra salamandra
PN art. 3
Berne III
Indicatrice des vieilles forêts à ruisselets. Reproduction dans petits cours d'eau frais. Dispersion 50-300 m, fidélité forte (Burgstaller 2021, Kiss 2022, Schulte 2007).
Triton palmé
Lissotriton helveticus
PN art. 3 Reproduction en mares forestières et ornières. Dispersion terrestre 100-500 m (Marty et al. 2005).
Grenouille agile
Rana dalmatina
PN art. 2DH IV Reproduction précoce en mares temporaires. Dispersion terrestre 500-1500 m, l'une des plus larges des amphibiens européens.
Grand Capricorne
Cerambyx cerdo
PN art. 2DH II+IV Vieux chênes >50 ans dépérissants. Dispersion 100-1000 m, max 2-3 km. Trous d'émergence observés déc. 2025 ; habitat également favorable au Pique-prune (Osmoderma eremita, DH II prioritaire).
Pic épeichette
Dendrocopos minor
PN art. 3VU France Indicateur des forêts matures à cavités. Espèce Vulnérable sur la Liste rouge nationale. Territoire 200-500 m.
Pipistrelle de Nathusius
Pipistrellus nathusii
PN art. 2DH IV Chiroptère migrateur longue distance (1500-1900 km/an). Ultra-dépendant des corridors linéaires arborés (haies, lisières, ripisylves). Contactée 2022 (Urban éco). Pipistrelle commune confirmée 2014+2022.
Chevreuil
Capreolus capreolus
Gibier Confirmé sur site en 2022 (Urban éco). Sa présence en milieu urbain dense atteste de la fonctionnalité actuelle du corridor vers l'Erdre — donc préservable et restaurable.

Habitat d'intérêt communautaire : la végétation des mares temporaires (Code Corine 22.321, Gazons à Juncus bufonius) relève de l'annexe I de la Directive Habitats (code 3130) — déjà identifié par l'étude d'impact 2014.

Lacune pointée par la MRAE 2014 : « absence de toute information spécifique aux insectes saproxylophages, qu'on imagine pourtant un enjeu potentiel sur un tel secteur boisé ». Urban éco recommandait dans son suivi 2022 d'« étudier la présence du Grand Capricorne ». Les observations naturalistes de décembre 2025 documentent les premiers trous d'émergence.

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L'échec documenté de la séquence Éviter-Réduire-Compenser

La séquence ERC, fondement réglementaire de l'autorisation environnementale, repose sur une obligation de résultat. Or, plusieurs constats convergents établissent que cette obligation n'est plus tenue sur le secteur du Bois Sauvage / îlot B4a.

Indicateurs convergents d'échec :

  • Mares compensatoires asséchées prématurément dans le secteur Bois Sauvage, ne remplissant pas leur fonction de reproduction des amphibiens (constat associatif + Urban éco 2022 : « assèchement rapide des mares en raison des fortes chaleurs »).
  • Compensation des 8,8 ha défrichés par 2,6 ha de jeunes boisements en périphérie du centre pénitentiaire — déjà jugée insuffisante par la MRAE 2014 : « Cette approche quantitative reste insuffisante pour valoir compensation au titre de l'autorisation de défrichement, et n'est pas complétée d'un regard qualitatif tenant compte de l'intérêt des boisements concernés. »
  • Mortalités de salamandres tachetées documentées sur la rue du Chêne Jaunais : axe routier qui recoupe l'axe fonctionnel majeur de déplacement entre sites de reproduction, de repos et de vie terrestre. La planification de crapauducs est une mesure de réduction, et ne dispense pas de la séquence d'évitement.

Conséquence juridique : l'équilibre du dossier d'autorisation Loi sur l'Eau (arrêté préfectoral du 31 mars 2017) est rompu. Le démarrage des travaux sans dérogation « espèces protégées » (art. L.411-1 et L.415-3 du Code de l'environnement) présente un risque contentieux.

C'est ce constat qui a conduit la DDTM44 à demander à NMA, le 29 décembre 2025, le « renforcement de mesures précautionneuses avant toutes interventions », et au report officiel des travaux B4a à septembre 2026 au plus tôt (courrier T. Quéro, Ville de Nantes, 14/03/2026).

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Proposition : un parc urbain de tête de réseau

Les obligations de construction de la ZAC sont aujourd'hui pour l'essentiel honorées sur la moitié sud du Champ de Manœuvre. La proposition associative est de transformer le moratoire en trajectoire politique assumée, par le classement de la partie nord-ouest du site en parc urbain de tête de réseau.

Cette formule condense trois fonctions :

  • Tête de bassin versant — plateau perché sur trois bassins versants (Aubinière, Erdre, Gobert), nappe perchée sur substrat peu perméable, exutoires alimentant le ruisseau de la Fontaine Caron vers l'Erdre. Le relevé terrain du 11/12/2025 confirme que les deux exutoires EP de la façade ouest sont posés en aval immédiat des zones humides identifiées dans l'étude d'impact de 2014 : 24 m pour le sud (mares temporaires à glycérie), 4,8 m pour le nord (prairie humide quasi-contiguë). Le réseau pluvial du site draine donc directement ces zones humides et les exporte vers la Fontaine Caron. Compte tenu de la faible profondeur de la nappe perchée, toute fondation d'immeuble traversant la couche étanche de fond de nappe agit comme un drain supplémentaire — l'effet est cumulatif sur l'ensemble du site et accélère la disparition des milieux humides résiduels. Les tempêtes Nils (2024) et Pedro (2025) ont en outre saturé les ouvrages hydrauliques dimensionnés sur des hypothèses vingtennales aujourd'hui dépassées par le dérèglement climatique.
  • Parc urbain — vocation publique d'usage, prolongement naturel du quartier Nantes-Erdre, accessibilité piéton-vélo via la rue du Chêne Jaunais requalifiée en cheminement doux, valorisation pédagogique du patrimoine naturaliste (chênaies anciennes, mares à amphibiens, vieux arbres à cavités).
  • Tête de réseau écologique — maillon stratégique de la trame verte métropolitaine, dernière articulation fonctionnelle entre les boisements urbains de l'est nantais et la vallée classée de l'Erdre, indispensable au maintien des populations d'espèces protégées.

Cette proposition est cohérente avec les engagements politiques portés par la municipalité de Nantes pour 2026-2032 : « Plus de nature », « Place à l'eau », « Construire sans artificialiser — zéro artificialisation brute », renaturation des sols, adaptation au changement climatique.

Elle s'inscrit dans le cadre académique des Solutions Fondées sur la Nature (SFN) portées par l'Université Gustave Eiffel et le CNRM dans le programme TEB-Hydro de modélisation hydro-climatique de la métropole nantaise (Betou et al. 2022, Gunawardena 2017) : « Les Solutions Fondées sur la Nature influent directement sur le microclimat en réduisant les températures de surface et de l'air par les processus d'évapotranspiration et d'ombrage. Elles influent également sur la gestion des eaux pluviales en facilitant l'infiltration et le stockage en surface ».

Trois décisions politiques sont proposées aux élus :

  • Renoncer aux constructions de l'îlot B4a et de son vis-à-vis — la dernière connexion écologique fonctionnelle avec l'Erdre.
  • Mettre hors trafic automobile la portion nord de la rue du Chêne Jaunais — qui, dans son coude nord, recoupe directement plusieurs milieux de vie d'amphibiens protégés, et la requalifier en cheminement piétons-vélos.
  • Sanctuariser les secteurs nord et ouest du site — îlot de fraîcheur métropolitain, parc urbain de tête de réseau écologique et hydraulique.